Notre profession est unitaire

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Le psychologue ? De l’entreprise au Tribunal : notre métier est unitaire

Il y a 35 ans le psychologue  pouvait espérer être recruté dans un « service du personnel » notamment en grande entreprise industrielle ou d’économie mixte. Il faisait de l’ergonomie, du recrutement, de la formation. C’est ainsi que les PTT, en devenant La Poste, ont perdu au passage tous leurs psychologues salariés. Il en était de même de l’EDF etc…qui étaient alors pour nous une sorte de modèle, comme les usines PEUGEOT à SOCHAUX (où notre collègue BONNARDEL a conçu de solides batteries de tests). Faisant peau neuve, les Services du Personnel sont devenus  » les Ressources Humaines « , et les psychologues ont disparu. Ils ont laissé la place le plus souvent à des diplômés d’école de commerce « option RH ». Chacun est libre d’analyser à sa guise cette évolution.

Les psychologues du travail salariés se trouvent plus facilement, à ce jour, dans des Missions Locales pour l’emploi ou dans des centres de formation, qu’en entreprise.

Le créneau libéral du conseil a connu une montée en puissance, sous le vocable très américain (et impropre) de  » consultant « (en français, nous sommes « consultés »). Le psychologue du travail y a évidemment sa place bien qu’il soit concurrencé fortement dans ses pratiques par des  » consultants  » aux formations les plus hétéroclites (n’excluant pas un flirt avec quelques unités de valeur en psychologie acquises notamment au CNAM… qui pourrait se poser la question de sa fabrique d’ersatz).

Les cabinets de psychologue du travail peuvent avoir les applications suivantes

Le recrutement de personnel : Recruter est le premier problème du chef d’entreprise.  La pratique nous impose de :

  • Prospecter au plus haut niveau hiérarchique pour faire connaître « notre différence » (respect de la personne, rédactionnel des annonces dans la presse de qualité, pratique des entretiens de motivation, connaissance des tests psychologiques et de leurs limites,…),
  • Collaborer avec un cabinet de communication spécialisé en achats d’espace dans la presse (après s’être familiarisé avec la presse régionale, nationale, institutionnelle, technique)
  • Être à l’aise face à tout niveau hiérarchique, pour étudier la fonction à pourvoir dans l’entreprise,
  • Être objectif dans l’analyse des dossiers de candidature, et une sensibilité aux détails lors des entretiens téléphoniques préalables aux convocations,
  • Pratiquer  l’examen psychologique de tout niveau hiérarchique et restituer nos diagnostics avec de l’aisance rédactionnelle: nos bilans doivent être compris par des non spécialistes,
  • Avoir des règles claires de restitution de ce bilan psychologique aux intéressés,
  • Suivre le  salarié recruté pendant sa période d’essai,
  • Respecter notre client, en proposant une assurance du recrutement,

J’ajouterais que travailler avec un employeur implique l’établissement d’un devis très précis… et en fin de mission, suivre de près le paiement de notre facture.

Cette approche  de l’entreprise, doublée de  proximité avec employeurs et salariés, au gré des liens ainsi tissés, nous amène à intervenir dans les domaines suivants

  • Coaching, souvent de commerciaux ou autres catégories de personnel,
  • Animation de réunions pour rédiger tous les ans « le document unique » de sécurité et de prévention.
  • Pratique des bilans de compétence (financement FONGECIF et autres organismes collecteurs – OPCA-)
  • Audits psychosociaux d’organisations.

A tout moment le psychologue du travail est confronté à des problèmes cliniques. Garder un libre arbitre, et … garder son client est un exercice  difficile.

Être psychologue en entreprise, c’est aussi comprendre des problèmes de famille, car il n’y a guère de cloison étanche entre le champ familial et le champ professionnel, du moins pour le psychologue (alors que le statut de salarié impose  la plus grande discrétion, au travail, sur sa vie familiale… c’est un paradoxe).

Aussi, le psychologue libéral peut parfaitement mailler ses applications. C’est ainsi que cet interstice entre travail et vie privée, doublé d’aisance rédactionnelle acquise dans le travail en entreprise, peut permettre au psychologue libéral une extension dans d’autres domaines où cette qualité est requise:

Le psychologue expert près la Cour d’Appel, en matière civile ou assermenté pour diligenter des enquêtes sociales.

Au début du siècle, les procédures les plus courantes avaient trait aux nuisances de voisinage ou aux contestations de titres de propriétés. Mais, depuis plusieurs décennies les problèmes familiaux relatifs à la garde d’enfants mineurs et de droit de visite, ou les problèmes de tutelles de mineurs ou majeurs, ont largement pris la première place tant en nombre qu’en intensité dramatique.

Le Juge des Affaires Familiales (JAF), comme le Juge d’Instance des Tutelles, est de ce fait obligé, très souvent, de commettre un professionnel de la famille pour comprendre les motivations des parties (père, mère, enfants, grands-parents ou tuteurs), à l’aune de l’histoire familiale. Il peut demander au psychologue une enquête sociale (imposant de se rendre au domicile des parties), voire un examen psychologique des enfants et/ou parents. Connaître les problèmes professionnels est souvent important pour comprendre une histoire de couple ou de famille.

Le psychologue commis a en général un délai de trois mois pour diligenter son enquête avec ou sans bilan psycho-affectif. Il rédige très soigneusement un rapport structuré, tout en respectant la confidentialité de certains propos. Ce rapport est remis à la juridiction et aux avocats dans un esprit contradictoire.

Le psychologue s’engage dans ses conclusions, donnant au magistrat ses conseils sous forme de grandes orientations.

Cette activité impose

  • mobilité géographique,
  • goût rédactionnel (les rapports, souvent longs, doivent être lus avec facilité, sans exclure la précision car les avocats vont utiliser les moindres failles du rapport),
  • grand professionnalisme, car on intervient souvent en contre expertise, comme on peut s’exposer à contre expertise.
  • le juste mot, nuancé d’humanité pour « faire passer » des préconisations.

Les transformations sociétales ont une incidence sur l’évolution de nos cabinets. L’unité du titre de psychologue,  peut nous permettre des applications diverses, comme c’est le cas de l’avocat (fiscaliste, il peut traiter des affaires d’un autre champ judiciaire), ou de l’expert comptable (passant d’une entreprise industrielle à une maison de retraite ou un hôpital). Nos cabinets se sont laissés enfermer dans le modèle médical esclave de spécialisations outrancières. Le psychologue ne segmente pas l’être humain. Mais, s’il ne se sentait pas compétent pour aborder un champ du psychisme, il peut s’adjoindre l’aide, en sous-traitance, d’un confrère dont la pratique s’ajouterait à la sienne.

Marie-Ange HÉLIE, Présidente du SPEL